Comores et Mayotte, si loin, si proches (1/4). Dans l’archipel, des voix dénoncent l’exploitation, la xénophobie et les expulsions dont sont victimes ceux qui ont migré sur l’île française.
Saïd Ibrahim a passé la journée à l’observer. La mer, si calme, si bleue que face aux paysages de misère, elle donne naturellement envie d’y plonger. De fuir le « paradis » tropical comorien, un archipel de trois îles posées sur l’océan Indien, rongé par la pauvreté, la corruption et l’instabilité politique, pour rejoindre le lagon français de Mayotte, à 70 km au sud.
De la plage de Domoni, sur la façade est de l’île d’Anjouan, on peut distinguer au loin les contours du 101e département français. C’est d’ici que se font la plupart des départs illégaux sur les dangereux kwassa-kwassa, des canots de fortune surchargés où les clandestins embarquent, au péril de leur vie, à la recherche d’un avenir ou pour donner naissance à un enfant sur le territoire français.
Mais depuis que le gouvernement de Moroni a interdit les reconduites à la frontière des expulsés, le 21 mars, revendiquant sa souveraineté sur l’île française, et que, sur l’autre rive, les Mahorais se sont lancés dans une véritable chasse aux migrants, « le business est au ralenti », indique Saïd Ibrahim. Surnommé « commandant », ce robuste quadragénaire est l’un des nombreux pêcheurs anjouanais reconvertis en passeurs depuis que la France a instauré, en 1995, un visa entre l’Union des Comores, indépendante depuis 1975, et Mayotte, restée française.
Difficile à obtenir, ce visa a poussé l’essentiel des migrants à entreprendre la traversée dans la clandestinité. « La France nous a ouvert un marché », ironise Saïd Ibrahim. En un peu plus de vingt ans, l’île d’Anjouan, plus proche de Mayotte et plus pauvre que sa grande sœur Ngazidja (Grande Comore), est devenue une plaque tournante des départs. Les ateliers sauvages de fabrication de kwassa-kwassa y ont pignon sur rue – on en compte une douzaine rien qu’à Domoni.
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